Tous ceux qui, dans le Nord Pas-de-Calais, voyaient dans le rapprochement entre Cap21 et Europe Ecologie un espoir de rassemblement des écologistes de la région en seront pour leurs frais. Europe Ecologie, c'est bien, quand ce n'est pas phagocyté par les Verts. Surtout dans le Nord Pas-de-Calais, où les Verts ont repris en main à leur seul bénéfice l'élan créé par Europe Ecologie.
J'avais déjà évoqué ce risque dans un article précédent, le 25 août 2009:
"Les schémas politiques classiques sont en train de voler en éclat (l'union de la gauche, la gauche plurielle et même d'une certaine manière la bipolarisation souhaitée par les partis jusqu'ici dominants) et cela réactive les espoirs de 3ème voie entre un socialisme en déliquescence et le système Sarkozy "américain". Aucun parti (le PS en premier) ne peut plus prétendre à l'hégémonie sur les autres, pas plus qu'aucun autre d'ailleurs (je pense à certains Verts qui, forts du succès d'Europe Ecologie, se verraient bien prendre les rênes d'un rassemblement de la gauche classique autour d'eux cette fois-ci). Les apparatchiks socialistes et verts ont intérêt à faire croire encore un moment que les choses n'ont pas trop changé. Ils ont, des deux côtés, une boutique à défendre ... Au PS, Martine Aubry, en bonne gardienne du temple et du dogme socialistes ne veut pas du large rassemblement "allant du PC au MoDem" préconisé par Vincent Peillon, et chez les Verts, on avance tant bien que mal dans le sillage d'un Daniel Cohn-Bendit toujours "imprévisible" (comme son appel au MoDem), mais sur des oeufs, et avec une certaine méfiance: Europe Ecologie, c'est plus que les Verts, et certains dignitaires intouchables, dans les régions et dans certaines circonscriptions "réservées" (c'est le terme, je ne l'invente pas) craignent de devoir "se sacrifier" au profit de personnalités d'ouverture. Qu'y a-t-il donc de commun entre ces Verts-là et les éléphants roses du PS ? La peur d'être submergés (et pour certains balayés) par le tsunami (ou le spectre) de la recomposition politique et d'alliances nouvelles, inhabituelles et donc moins contrôlables pour eux."
Europe Ecologie est donc bien confisquée par l'appareil politique des Verts et la seule ouverture désormais possible le sera en direction de "personnalités" qui étaient dejà des "adhérents sympathisants" des Verts. C'est une liste "pur-Verts" qui se présentera aux suffrages des électeurs de notre région. Comme le font remarquer les responsables régionaux de Cap21 "l'idéal de rassemblement de toutes les composantes régionales de la mouvance écologiste laissait la place à un processus visant à porter au pouvoir régional un noyau dur de Verts avec quelques alliés isolés". En fait la tactique des Verts a été de remplir la place originellement attribuée aux écologistes non-Verts par des personnalités qui seront en position éligible (Francis Peduzzi, directeur du Channel, à Calais, et Sylvain Estager, bras droit de Gérard Caudron, maire de Villeneuve d'Ascq).
On comprend l'amertume des dirigeants de Cap21 (rappelons qu'il s'agit bien du parti de Corinne Lepage, elle-même également vice-présidente du MoDem), qui avaient pris, c'est le moins qu'on puisse dire, leurs responsabilités. Lors d'une assemblée régionale de Cap21 le 28 novembre 2009, ils font le double choix de ne pas soutenir la liste conduite par Olivier Henno et Frédéric Leturque du MoDem et de rejoindre Europe Ecologie et les Verts. De fait, ils se coupent officiellement du MoDem, dont pourtant Cap21 est l'un des partis fondateurs depuis 2007. C'est en novembre 2009 aussi qu'ils intègrent le comité d'animation et de pilotage régional d'Europe Ecologie (CAPR). Ils reçoivent la confirmation de deux places éligibles (5ème place dans le Pas de Calais et 9ème place dans le Nord), envoient leurs contributions et leurs propositions pour alimenter le futur programme d'Europe Ecologie.
Force est de constater, au fur et à mesure de leurs rencontres, que ce sont les leaders Verts qui, mi-décembre, prennent carrément le contrôle du processus de choix des candidats et de constitution de la liste Europe Ecologie, et plus le "CAPR" !
POURQUOI CE REVIREMENT ?
Le rassemblement Europe Ecologie ne reposerait plus tant sur une visée de transformation écologique de la région autour des écologistes que sur l'affichage de personnalités censées avoir un poids médiatique et "aérer" l'image des Verts. Il semblerait aussi que les dirigeants Verts n'aient peut-être pas voulu s'encombrer de partenaires problématiques. Les Cap21 sont systématiquement membres du MoDem. Qu'auraient fait les deux Cap21 élus sur la liste verte après les élections ? C'est une question légitime dans la mesure où on sait que Corinne Lepage, leur présidente, n'a pas rompu avec le MoDem (dont elle reste vice-présidente), et qu'elle soutient le MoDem dans le Nord Pas-de-Calais. Et si Corinne Lepage refaisait rentrer tout le monde au bercail demain, que feraient donc ces élus ? Tous les Cap21 n'ont pas suivi l'équipe régionale dans le choix de la dissidence au MoDem. Beaucoup sont désorientés.
Sans doute que les Verts ne voulaient pas, de toute façon, de deux élus CAP21, ce qui aurait été une reconnaissance de facto de l'autre parti écologiste de la région. Je pense que les Verts ne supportent pas l'existence de "concurrents" potentiels, même plus petits qu'eux, surtout s'ils peuvent incarner une écologie indépendante des deux blocs, de droite comme de gauche (cette idée plaît encore à bien des électeurs). Un seul éligible (et encore en 9ème position, dans le département du Nord) suffisait à leurs yeux pour cautionner la pseudo-ouverture des Verts. Cap21, qui l'a bien compris, a refusé sa marginalisation, et s'est donc retiré du CAPR.
Les raisons invoquées par les Verts pour expliquer leur dernière offre "minimaliste" s'apparentent plutôt à de faux prétextes. Il faut bien expliquer un revirement politique, n'est-ce pas ? En effet, prétexter, alors que l'information n'avait pas été divulguée, que Corinne Lepage soutiendrait les listes MoDem d'Olivier Henno et de Frédéric Leturque, relève quand même d'une certaine malhonnêteté intellectuelle. Lorsque Cap21 Nord Pas-de-Calais a décidé de rejoindre Europe Ecologie en novembre 2009, on savait déjà que ce parti écologiste agissait en toute indépendance des instances nationales et que Corinne Lepage, en toute logique, avait déjà promis son soutien à Olivier Henno depuis les élections européennes. Par conséquent, les Verts n'ignoraient pas les liens privilégiés entre Corinne Lepage et le MoDem du Nord et du Pas-de-Calais.
En fait les Verts se servent d'un article que j'ai écrit sur ce blog, à propos de ma rencontre avec Corinne Lepage au Congrès d'Arras, article écrit le 14 décembre 2009: "Corinne Lepage viendra soutenir le MoDem dans le Nord Pas-de-Calais, elle me l'a dit !". Le Comité d'Animation et de Pilotage Régional d'Europe Ecologie (CAPR) se réunit une dernière fois le 18 décembre 2009. On notera la parfaite concomitance entre la sortie de mon article et la critique des Verts sur le soutien de Corinne Lepage aux listes MoDem. Comme si, en quelque sorte, l'article arrivait à point !
Peut-être plus sérieusement, c'est cette fois-ci la position critique de Cap21 sur les Verts roubaisiens qui semble la plus fatale aux écologistes démocrates. En effet, on n'aurait pas apprécié chez les Verts le questionnement des militants Cap21 à propos d'Ali Rahni et de Madjouline Sbaï, des proches de Tariq Ramadan, candidats pour les régionales sur la liste Europe Ecologie du Nord.
Quoi qu'il en soit, cette reprise en main brutale des Verts Nord Pas-de-Calais est aussi un échec pour la dynamique de rassemblement incarnée normalement par Europe Ecologie, dont je reste pour ma part sympathisant.
QUELLE SUITE, ALORS, POUR CAP21 ?
Incontestablement, Cap21 Nord Pas-de-Calais se retrouve dans une situation fâcheuse, du moins le temps d'une élection. Il s'est coupé du MoDem pour se faire accepter des Verts les plus radicaux. Il a jeté le trouble chez les militants Cap21 indécis ou soucieux de rester fidèles au MoDem. Aujourd'hui la facture est lourde. Cap21 perd tout, et en particulier une occasion de peser dans le débat régional. Sans doute faudra-t-il tirer toutes les leçons de cette aventure pour nous reconstruire. Comme Corinne Lepage nous l'a dit dans ses voeux pour 2010, "nous aurons, lors de notre congrès à voter un règlement intérieur devenu maintenant nécessaire compte tenu de notre taille et peut-être à toiletter nos statuts pour nous permettre d'évoluer." Cette année sera peut-être celle des recompositions politiques, travaillons-y tous ensemble.
Jean-Marc Ben
Post scriptum, le 11 janvier 2010
Un bon papier de Marc Vasseur sur son blog. Une approche enthousiaste, c'est justifié à mon avis, mais également critique. On y apprend des choses, notamment que la seule place éligible pour Cap21 dans le Nord l'était pour une femme. Est-ce à dire que le délégué régional de Cap21 aurait mal vécu d'être écarté de cette place éligible, comme semble le suggérer Marc Vasseur ? J'ai peut-être trop d'imagination, mais en politique les aventures humaines ont autant (sinon plus) d'importance que toutes les stratégies politiques imaginables. On y souligne aussi l'opportunisme de certaines "personnalités", celui en l'occurrence de Gérard Caudron, maire de Villeneuve d'Ascq, fraichement converti à Europe Ecologie parce qu'il n'acceptait pas une trentième place sur la liste PS. Bref, on changerait de crèmerie selon le gré du vent. C'est un peu "plus pire" pour Cap21 qui se marginalise et s'isole même. Quel avenir pour Cap21 NPDC après cet échec ? Quelles relations à venir avec le MoDem ? Ca va ruminer pour le Congrès ! Dans l'immédiat, Cap21 NPDC n'aurait-il pas intérêt à accepter les propositions d'Europe Ecologie, qui sont peut-être plus correctes aujourd'hui qu'elles ne l'étaient auparavant, par rapport au malaise prévisible que va vivre Cap21 ces prochains mois? Cap21 NPDC assumerait au moins son premier choix et serait dans une bien meilleure position pour le Congrès. De toute façon, nous devrons bien nous positionner pour les élections, non ?